MAîTRISE EN ARCHITECTURE DE PAYSAGE

INTERSTICES

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INTERSTICES

INTERSTICES — Révéler le paysage à travers son héritage

À Lachine-Est, le projet s’inscrit dans une lecture sensible du territoire, en s’appuyant sur ce qui existe déjà, mais qui reste souvent invisible ou négligé. Les interstices, ces espaces oubliés, fragmentés ou laissés en marge, deviennent ici le point de départ du projet. Plutôt que de chercher à tout restructurer ou à effacer les traces du passé, l’intervention propose de travailler avec ces vides, de les révéler et de leur redonner un rôle actif dans la transformation du site.

Ces espaces intermédiaires, parfois perçus comme des résidus urbains, sont reconsidérés comme des potentiels. Ils permettent de reconnecter des fragments du territoire, de recréer des continuités écologiques et d’introduire de nouvelles formes d’usages. Le projet adopte ainsi une approche progressive, où le paysage devient l’infrastructure principale, capable d’organiser les dynamiques urbaines à partir du sol, de l’eau et de la végétation.

L’héritage industriel constitue un élément central de cette démarche. Des structures emblématiques comme la chaufferie, le Dominion Bridge ou encore l’atelier d’usinage sont conservées et réinterprétées. Elles ne sont pas simplement préservées comme des objets figés, mais intégrées dans une nouvelle narration du site, où mémoire et transformation coexistent. Le pont Rockfield, quant à lui, est réhabilité et devient un axe structurant, à la fois physique et symbolique, permettant de reconnecter différentes parties du territoire tout en offrant une nouvelle expérience du paysage industriel.

Le projet repose également sur une volonté forte de régénération écologique. Le sol, longtemps dégradé par les activités industrielles, est considéré comme une ressource à reconstruire. Des stratégies de phytoremédiation sont mises en place afin de dépolluer progressivement les terrains, tout en introduisant une végétation adaptée qui favorise la biodiversité et améliore le microclimat. L’eau est également réintroduite comme un élément structurant, visible et accessible, participant à la création d’ambiances variées et à la gestion durable des eaux pluviales.

Au-delà des enjeux écologiques, le projet vise une amélioration concrète de la qualité de vie. Il propose l’intégration de bâtiments résidentiels qui s’insèrent dans le paysage sans le dominer, ainsi que des espaces publics diversifiés. Des gradins ouverts sur le canal offrent des lieux de pause et de contemplation, tandis qu’une placette publique devient un point de rencontre et d’animation. Un jardin de phytoremédiation, à la fois fonctionnel et pédagogique, permet de rendre visibles les processus de transformation du sol et d’impliquer les usagers dans cette dynamique.

En révélant les interstices, le projet ne se contente pas de combler des vides. Il propose une nouvelle manière de penser la ville, où chaque fragment du territoire peut devenir porteur de sens. Lachine-Est se transforme ainsi en un paysage résilient, évolutif et habité, où la mémoire du lieu nourrit les usages contemporains et où le paysage devient le véritable moteur du projet urbain.
Mohamed Moncef Bala
Mohamed Moncef Bala mohamed.moncef.bala@umontreal.ca