MAîTRISE EN ARCHITECTURE

Après le chaos

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Après le chaos

Une coupure de courant suffit à révéler la fragilité de l’accessibilité dans les bâtiments contemporains. Ascenseurs, portes automatiques et signalétiques lumineuses deviennent inopérants en quelques instants, compromettant l’autonomie des personnes les plus vulnérables. Cette situation met en évidence une dépendance excessive de l’accessibilité à des systèmes techniques susceptibles de dysfonctionner et de rendre un bâtiment partiellement ou totalement inutilisable. Face à ce constat, le projet interroge cette vulnérabilité et propose une approche fondée sur des stratégies low-tech, capables d’assurer la continuité fonctionnelle et l’accessibilité du bâtiment, même en situation de crise.

Cette réflexion s’inscrit dans une question plus large : comment concevoir un bâtiment de technologie sobre et résilient tout en assurant une accessibilité complète et une intégration harmonieuse?

Le projet prend la forme d’un centre communautaire destiné aux personnes âgées, conçu pour être accessible et inclusif en tout temps. Situé à Montréal, sur un terrain traversant reliant le boulevard Saint-Laurent à la rue Saint-Dominique, le site choisi présente une topographie marquée. Plutôt que de niveler le terrain, le projet exploite cette pente pour créer des demi-niveaux, offrant plusieurs accès de plain-pied depuis le trottoir. Chaque niveau est relié par des rampes douces et un ascenseur central. En cas de panne ou de coupure électrique, la circulation demeure fluide grâce aux rampes, garantissant l’accessibilité pour tous.

À l’échelle du bâtiment, la conception privilégie la lumière naturelle, la ventilation croisée et des toits en pente afin d’optimiser l’éclairage et le confort thermique. Des puits de lumière, combinés à des protections solaires, assurent un éclairage naturel tout au long de l’année et réduisent la dépendance à l’électricité. Pour le chauffage et l’eau, des panneaux solaires ainsi qu’un système de récupération des eaux pluviales alimentent la plomberie et l’irrigation des espaces extérieurs.

L’organisation intérieure favorise la lisibilité et la flexibilité. Un grand espace d’accueil ouvert facilite l’orientation, tandis que les salles polyvalentes sont équipées de cloisons adaptables et de mobilier modulable, permettant d’accueillir différents formats d’activités. Les espaces sont répartis selon l’orientation solaire : les zones calmes sont placées en façade afin de bénéficier de la lumière naturelle, tandis que les activités plus dynamiques sont implantées en retrait pour limiter la surchauffe.

À l’extérieur, une rampe douce relie le niveau supérieur au trottoir et intègre des jardins potagers accessibles, renforçant le lien social et l’autonomie alimentaire. Ces espaces prolongent les activités communautaires et favorisent la convivialité.

En agissant simultanément à l’échelle du bâtiment, de l’étage et de la pièce, ces stratégies confèrent au projet la capacité de fonctionner comme un lieu de refuge, offrant chaleur, lumière, ventilation et accessibilité, même en situation de crise. Il illustre une approche architecturale fondée sur la sobriété technologique, la résilience et l’inclusion, en adéquation avec le contexte urbain et les besoins des usagers.