MAîTRISE EN ARCHITECTURE

Et si on jouait avec le feu?

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Abitibi 2025 - Région de Forsythe

Abitibi 2025 - Région de Forsythe

Revêtement extérieur

Revêtement extérieur

Élément de structure

Élément de structure

Trames des produits en lamellé-collé

Trames des produits en lamellé-collé

Inventaire - Anatomie des troncs

Inventaire - Anatomie des troncs

Inventaire - Anatomie des produits

Inventaire - Anatomie des produits

Processus de fabrication des maquettes à l'échelle 1:1

Processus de fabrication des maquettes à l'échelle 1:1

Étape 1 : scanner l'arbre / Étape 2 : créer une grille

Étape 1 : scanner l'arbre / Étape 2 : créer une grille

Étape 3 : paramétrer les grilles / Étape 4 : créer des extrusions

Étape 3 : paramétrer les grilles / Étape 4 : créer des extrusions

Étape 5 : trier les morceaux / Étape 6 : analyser les itérations

Étape 5 : trier les morceaux / Étape 6 : analyser les itérations

Et si on jouait avec le feu?

En 2023, les feux de forêt ont ravagé des millions d'hectares de forêt boréale au Québec, laissant derrière eux des paysages calcinés, des communautés déplacées et une ressource ligneuse colossale abandonnée. Face à ce constat, cette thèse pose une question fondamentale : et si le feu, plutôt que d'être subi, devenait une ressource?

Le projet part d'un paradoxe bien réel. Chaque année au Québec, 1,5 million de tonnes de bois résiduel sont enfouies dans le secteur du bâtiment seulement, tandis que seulement 17 % des arbres brûlés lors des grands incendies de 2023 ont été récoltés. Le 83 % restant est laissé pour compte : une perte massive, tant économique qu'environnementale. En parallèle, les projections climatiques indiquent que les feux de forêt seront de plus en plus fréquents et étendus au centre et au sud du Québec d'ici 2100, rapprochant inévitablement les flammes des zones urbaines. En 2026, c'est précisément le territoire du Nord-du-Québec et ses communautés isolées en forêt boréale, là où la vulnérabilité face aux incendies est la plus grande, que ce projet cherche à servir.

En s'inspirant du Shou Sugi Ban, une technique japonaise ancestrale consistant à brûler la couche superficielle du bois pour le protéger naturellement contre les insectes, les moisissures et le feu, et en s'appuyant sur des recherches démontrant que les essences boréales québécoises développent des propriétés antifeu une fois calcinées, la thèse propose deux produits architecturaux innovants fabriqués à partir de bois brûlé : un revêtement extérieur et des éléments de structure (poutres et colonnes), tous deux réalisés en lamellé-collé de 2x4 issus de troncs brûlés. La couche de carbonisation naturellement développée lors de la calcination agit ainsi comme une barrière protectrice, conférant au bâtiment une résistance au feu intrinsèque.

Le système constructif repose sur une logique d'optimisation programmée. Grâce à un processus paramétrique développé dans Grasshopper et optimisé par le solveur évolutionnaire Galapagos, chaque tronc est numérisé, analysé et découpé de manière unique afin d'en extraire le maximum de pièces utilisables. Ces pièces sont ensuite classifiées en cinq catégories, chacune orientée vers un usage précis dans la construction. La trame structurale est directement dérivée de celle du revêtement, créant une cohérence systémique rare entre enveloppe et structure. Dans une optique d'accessibilité, le projet intègre également l'intelligence artificielle et la réalité virtuelle comme outils d'accompagnement, permettant aux communautés isolées de se reconstruire de manière autonome, guidée et accessible, sans nécessiter d'expertise technique pointue ni de main-d'œuvre spécialisée.

Une étude de cas développée au cours de la thèse a démontré qu'une maison longue minimaliste, conçue pour une famille de trois personnes, pouvait être construite à partir de seulement six épinettes noires brûlées aux dimensions standards : une preuve concrète qu'il est possible de se reconstruire après un sinistre avec très peu. Six arbres, deux personnes, et ce que le feu a laissé derrière lui.