MAîTRISE EN ARCHITECTURE

Figures de passage

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le lieu

le lieu

relation au lieu

relation au lieu

architecture du viaduc

architecture du viaduc

plan du rez-de-chaussée

plan du rez-de-chaussée

atelier de travail : espace de création

atelier de travail : espace de création

espace d'exposition et de partage

espace d'exposition et de partage

entrée sur rue

entrée sur rue

plan du premier

plan du premier

appropriation du lieu

appropriation du lieu

laisser sa trace

laisser sa trace

Figures de passage

Ce qui incarne un non-lieu, sans attaches et impersonnel pour certains, peut pour d’autres incarner un réel lieu d’appartenance et de refuge, un lieu de réconfort. On peut dire qu’un non-lieu est un lieu d’attente, un lieu de transition avant d’arriver à un ailleurs. Ces espaces de transition se transforment cependant en territoires d’appropriation, investis malgré eux d’une charge affective et identitaire par celles et ceux qui y séjournent. Dans cette perspective, la Ville Refuge peut-elle à son tour se lire comme un non-lieu en quelque sorte : un territoire d’accueil, certes, mais parfois simplement de passage.

Le projet thèse prend forme au sein de Parc-Extension, quartier d’accueil phare à Montréal, agissant comme réelle porte d’entrée pour les nouveaux arrivants, formant un tissu social riche. Sa morphologie urbaine est marquée par multiples univers ; la rue commerçante, les ruelles résidentielles, mais notamment cette présence d’infrastructures imposantes qui structurent ses frontières physiques. C’est dans cette lecture du quartier et de la Ville Refuge dans son sens plus global qu’un intérêt singulier pour le projet s’est forgé ; développant un parallèle entre ces infrastructures issues d’ordres invisibles et les migrants dans une nouvelle ville. Le quartier de Parc-Extension est circonscrit par deux frontières majeures, d’une part la voie ferrée du Canadien Pacifique qui vient border le quartier et le traverse, de l’autre, l’axe du viaduc Jean-Talon. Ces infrastructures imposantes et emblématiques, souvent perçues comme de coupures indésirables dans la trame urbaine, incarnent pourtant un certain imaginaire du passage.

Contre l’impersonnalité manifeste du non-lieu, le désir individuel de produire une empreinte sociale dans son environnement immédiat prend une ampleur importante, et ce notamment dans le cadre conceptuel de la Ville Refuge. Des pratiques, parfois invisibles, viennent inscrire une mémoire, une présence, une trace et ce par ces passants et usagers de la ville, de ces infrastructures. La trace prend une place importante dans le concept de la Ville Refuge, car elle est porteuse de récit, de mémoire et permet précisément d’affirmer la présence et l’identité des migrants. Elle permet de créer un sentiment d’ancrage et d’appartenance ; notion cruciale dans le contexte de l’arrivée de migrants dans un environnement qui leur ait étranger. Le projet cherche à répondre à ce besoin d'appartenance en offrant des espaces d'habitations ainsi que des espaces sensibles à une appropriation ; des espaces de travail ouverts et de création avec des endroits d’affichages. On peut imaginer des partages d’écrits, de récits, de simples souvenirs ; c’est dans ce partage que cette invisibilité s’estompe.

Le projet devient un espace à habiter, à transformer, à investir, à l’image de l’infrastructure elle-même : tel le viaduc, il est traversé, approprié et utilisé par ces passants. On l’investit plutôt qu’on l’impose; c’est cette même logique d’appropriation, de pratiques et de traces laissées que le projet met en œuvre afin de devenir un lieu significatif et sensible aux réalités migratoires.
Amelia Dryburgh-Bouchard
Amelia Dryburgh-Bouchard amelia.dryburgh-bouchard@umontreal.ca