MAîTRISE EN ARCHITECTURE

Les temps hybrides

Cover image
Plan d'implantation — rue d'Hérelle

Plan d'implantation — rue d'Hérelle

Rez-de-chaussée

Rez-de-chaussée

Étage type

Étage type

Noyaux des logements

Noyaux des logements

Les temps hybrides

À Saint-Michel, comme dans plusieurs quartiers multiculturels, on regarde Montréal de loin — à travers un viaduc, ou en observant l’autre côté de la carrière. Il n’y a pas de doute, on se trouve à la limite de la ville, dans un quartier isolé, à mi-chemin entre ville et village. Dans un quartier où, comme dans de nombreuses enclaves des années 1950 et 1960, les choses se croisent sans jamais vraiment se rencontrer. On travaille ici, on circule là-bas et on habite quelque part entre les deux.

De ces limites et de ces frontières naissent des tensions entre des rythmes et des temporalités profondément distinctes. D’un côté, le rythme effréné de l’automobile, des transports et des industries; et de l’autre, celui du quotidien, où l’on étend ses vêtements sur la corde à linge le dimanche et où les enfants jouent dans la ruelle. Ce n’est qu’en empruntant les rues transversales et en s’approchant des limites du quartier qu’on découvre les rares points de rencontre entre ces univers opposés.

Le projet s’implante sur l’une des rues transversales de Saint-Michel : la rue d’Hérelle. Située directement au-dessus de Jarry, son côté ouest présente des paysages montréalais ordinaires. On y trouve une garderie, un garage, quelques duplex et un petit dépanneur. À l’est, deux immenses entrepôts construits au début des années 1960 forcent la rue à dévier vers le sud avant de se terminer au bord de la carrière Francon. À cette limite de la ville émerge un monde étrange. Une rue de duplex entre en contact avec un vaste îlot relevant du parc industriel. Le stationnement situé à l’arrière laisse entrevoir la possibilité d’une prolongation de la rue — une prolongation qui rappelle celle présente de l’autre côté du boulevard Saint-Michel : un paysage strié qui laisse place à une friction entre les différents rythmes de la ville, plutôt qu’à une opposition nette.

Au sud du site s’implante d’abord un immeuble de logements transitoires. Ce dernier propose des logements et des espaces communs généreux qui incitent à une certaine forme de vie collective. Des pièces flexibles s’organisent autour de noyaux servants, permettant au plan des étages d’évoluer selon les besoins changeants des occupants. Derrière ces logements s’installe un paysage hybride, à mi-chemin entre stationnement et parc, dans lequel la ruelle vient naturellement se déverser. En bordure du stationnement, un grand bâtiment de hangars s’implante. On y trouve des ateliers, des espaces communautaires et des espaces de rangement. Sa structure est légère et démontable. Il permet, pour l’instant, de faire vivre le stationnement qui dessert encore les industries, mais il met également la table, tranquillement, pour un morceau de ville à venir.

Le projet propose une manière d’habiter la limite urbaine en assumant que le paysage qui s’y déploie est, avant tout, un paysage en transition. Y intervenir revient à y introduire une urbanité capable de brouiller les frontières traditionnelles entre fonctions, mais surtout à créer les conditions nécessaires pour accueillir des usages futurs — encore impossibles à définir aujourd’hui — pour ainsi permettre à ce territoire de se reconfigurer au fil du temps.
Vincent Boissonneault
Vincent Boissonneault vincent.boissonneault.1@umontreal.ca