MAîTRISE EN ARCHITECTURE

Voir l'autre : se reconnaître dans le regard de l'autre

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Voir l'autre : se reconnaître dans le regard de l'autre

Ce projet s’inscrit dans un quartier où les frontières sont multiples : frontières sociales, culturelles, économiques, mais aussi frontières perceptuelles. Parc-Extension est un territoire d’accueil historique, un lieu où se superposent des trajectoires migratoires, des temporalités quotidiennes et des usages urbains contrastés. Pourtant, ces réalités coexistent souvent sans se rencontrer. La place Jean-Talon, au cœur de ce système, en est l’exemple le plus frappant : un espace saturé de fonctions, mais pauvre en relations.

L’enjeu du projet est donc de rendre visibles les vies qui se croisent, de révéler les couches humaines qui composent ce lieu, et de créer les conditions d’une reconnaissance mutuelle. La transparence phénoménale, observée d’abord dans les vitrines de la rue Jean-Talon, devient ici un outil conceptuel : elle permet de penser l’espace non comme une surface à traverser, mais comme un champ de superpositions, un lieu où plusieurs réalités peuvent être perçues simultanément.

À travers trois interfaces et un espace de réparation, le projet propose une série de dispositifs qui transforment la place Jean-Talon en un territoire de seuils. Ces seuils ne cherchent pas à effacer les différences, mais à les rendre lisibles. Ils créent des situations où l’on peut s’arrêter, regarder, écouter, comprendre, des situations où l’on peut véritablement « voir l’autre ».

Le projet s’appuie aussi sur une réflexion plus large sur l’accueillance : comment une ville accueille-t-elle ceux qui arrivent, ceux qui attendent, ceux qui transitent, ceux qui travaillent dans l’ombre ? Comment l’architecture peut-elle rendre justice à des pratiques invisibilisées, à des récits marginalisés, à des économies alternatives ? En révélant ces couches, les dispositifs proposés cherchent à instaurer une forme d’honnêteté sociale, où les tensions ne sont pas masquées mais assumées.

Ainsi, l’ensemble du projet agit comme une infrastructure de solidarité. Il ne s’agit pas seulement d’aménager des espaces, mais de créer des conditions pour que des relations puissent émerger : entre habitants et travailleurs saisonniers, entre migrants et non-migrants, entre économie capitaliste et pratiques communautaires, entre gestes quotidiens et récits collectifs.
En ce sens, « Voir l’autre » est une posture, une manière d’habiter la ville, une invitation à reconnaître la richesse des vies qui la traversent.
Laura Juliana Rojas Galvis
Laura Juliana Rojas Galvis laura.juliana.rojas.galvis@umontreal.ca