BACCALAURéAT EN DESIGN D'INTéRIEUR

Réhabiter son corps

Cover image
Parcours entre le bain collectif et les bains individuels, ponctué de hamacs sous plafond infrarouge baigné de lumière naturelle.

Parcours entre le bain collectif et les bains individuels, ponctué de hamacs sous plafond infrarouge baigné de lumière naturelle.

Cuisine centrale pensée comme un lieu de rencontres autour des gestes du quotidien. Le liège, utilisé comme matériau acoustique, sert également de support d'expression pour les mots. Les peintures, réalisées par les femmes de Sydalis, participent à l’appropriation du lieu.

Cuisine centrale pensée comme un lieu de rencontres autour des gestes du quotidien. Le liège, utilisé comme matériau acoustique, sert également de support d'expression pour les mots. Les peintures, réalisées par les femmes de Sydalis, participent à l’appropriation du lieu.

Aire de repas détendue favorisant la mixité sociale et l’intégration de diverses cultures du repas. Espace d’échanges autour de la nourriture et de confidences.

Aire de repas détendue favorisant la mixité sociale et l’intégration de diverses cultures du repas. Espace d’échanges autour de la nourriture et de confidences.

Le salon central dédié aux rencontres informelles, où une courte-pointe murale incarne un symbole de résistance et de lutte contre le VIH.

Le salon central dédié aux rencontres informelles, où une courte-pointe murale incarne un symbole de résistance et de lutte contre le VIH.

Coin de lecture baigné par la lumière des puits existants.

Coin de lecture baigné par la lumière des puits existants.

1 entrée 2 bureau intervenant.e 3 casier  4 salle d’attente 5 entrée du public  (avec plage horaire) 6 vestiaire 7 bains 8 sauna

1 entrée 2 bureau intervenant.e 3 casier 4 salle d’attente 5 entrée du public (avec plage horaire) 6 vestiaire 7 bains 8 sauna

9 cuisine et sam 10 bureau intervant.e 11 comptoir medical 12 chambre 22m²  13 rangement 14 salon 15 chambre 22m²  16-17 chambre 17 m²  18 sbd 19 chambre 22m²

9 cuisine et sam 10 bureau intervant.e 11 comptoir medical 12 chambre 22m² 13 rangement 14 salon 15 chambre 22m² 16-17 chambre 17 m² 18 sbd 19 chambre 22m²

20 friperie et buanderie 21 chambre 22m² 22 salle multifonctionelle 23 - 24 chambre 17 m²  25 chambre 22m²  26 coin de lecture 27 salle de bain 28 chambre 22m²

20 friperie et buanderie 21 chambre 22m² 22 salle multifonctionelle 23 - 24 chambre 17 m² 25 chambre 22m² 26 coin de lecture 27 salle de bain 28 chambre 22m²

Axonométrie  d'une chambre (22m²)

Axonométrie d'une chambre (22m²)

Une matérialité intégrant des qualités acoustiques et sanitaires, où chaleur et couleur participent à une atmosphère juste et équilibrée.

Une matérialité intégrant des qualités acoustiques et sanitaires, où chaleur et couleur participent à une atmosphère juste et équilibrée.

Réhabiter son corps

Centre d’hébergement pour femmes migrantes atteintes du VIH

Au début du XXe siècle, Montréal met en place des bains publics afin de répondre à des conditions sanitaires critiques, érigeant le bien-être en enjeu central de santé publique et de cohésion sociale. Aujourd’hui, malgré l'évolution du contexte, les crises persistent : accès limité aux soins, précarité, itinérance et creusement des inégalités. À cela s’ajoute une augmentation de l’immigration, qui transforme le tissu social et soulève de nouveaux enjeux d’intégration, d’inclusion et d’équité. Le soin demeure largement inscrit dans une logique curative, au détriment d’une approche préventive et sensible, particulièrement dans un contexte de climat hivernal exigeant, où le froid soumet les corps à une fragilité constante et accentue les formes d’isolement.

À l’échelle mondiale, les pratiques du bain attestent de son importance fondamentale, à la fois thérapeutique et relationnelle. Des bains aux herbes des communautés Dao rouges au Vietnam aux bains géothermiques d’Islande, des onsen japonais aux sources sacrées du Népal, sans compter les cures thermales françaises partiellement prises en charge par l’État, ces traditions traduisent une reconnaissance ancienne du soin du corps comme nécessité commune. Souvent accessibles, peu coûteuses et inscrites dans la vie quotidienne, elles contribuent directement au bien-être et à la santé des communautés.

Les bienfaits de ces pratiques sont aujourd’hui largement documentés. Elles contribuent à la diminution du cortisol, à l’amélioration du sommeil, au soulagement des douleurs chroniques et inflammatoires, à la stimulation de la circulation sanguine, à l’amélioration de l’humeur, à la réduction des symptômes anxio-dépressifs et à la régulation du système nerveux. Le bain peut ainsi être envisagé non seulement comme une expérience sensible, mais comme une véritable infrastructure de soin.

Le projet s’inscrit dans cet héritage en partant des personnes les plus vulnérables. Implanté à Milton-Parc, il répond à un déficit d’infrastructures de soin accessibles, révélant un enjeu de justice spatiale et sanitaire. Il propose de raviver les bains publics en les adaptant aux réalités contemporaines, en plaçant l'expérience thermale au cœur du soin collectif. S’explore ainsi la possibilité d’un lieu thérapeutique affranchi de la logique marchande. En réintroduisant l’eau comme bien commun, se dessine une reconfiguration des espaces de soin, où la chaleur, la lenteur et la coprésence deviennent des formes de résistance face aux logiques d’exclusion et d’épuisement.

Ainsi, le centre accueille des femmes immigrantes vivant avec le VIH pour un séjour transitoire de trois à douze mois. Ces femmes étant confrontées au double poids de l’exil et de la maladie, il offre un cadre sécurisant, propice à la réappropriation du corps et à une reconstruction durable. Il vise à permettre aux femmes de retrouver leur corps comme un lieu d’ancrage et de sécurité. Le projet propose un espace thérapeutique communautaire, où le soin, envisagé comme lieu d’échange, relève d’un droit plutôt que d’un privilège.